Logiciel libre

Logiciels libres et propriétaires

Il existe deux sortes de logiciels : les logiciels libres et les logiciels propriétaires. Pour comprendre ce qu'est un logiciel libre, nous allons déjà voir ce que la plupart des gens utilisent en général : les logiciels propriétaires. Mais avant tout, qu'est-ce qu'un logiciel ?

Un logiciel est un programme qui exécute une tâche. Par exemple, Mozilla Firefox est un logiciel permettant de naviguer sur Internet. Il est écrit par des développeurs (programmeurs) dans un langage informatique lisible et donc compréhensible par l'homme : le code source. Ce code est ensuite traduit dans un langage machine compréhensible uniquement par l'ordinateur : le code binaire. C'est ce code qui sera exécuté par l'ordinateur pour lancer Mozilla Firefox lorsque l'on clique sur son icône.

Pour bien comprendre, comparons avec une recette de cuisine :
Le code source est comme une recette. Celle-ci contient toutes les instructions nécessaires pour faire un produit fini, comme une tarte par exemple. Une fois que les instructions ont été suivies, il ne reste plus qu'à la cuire (traduction du code source en langage machine). Et enfin nous avons notre tarte qui est prête et utilisable, comme le code binaire.

Les logiciels propriétaires

Un logiciel propriétaire est écrit, la plupart du temps, par une entreprise. Il est distribué uniquement sous forme binaire (sans source). On ne connaît pas sa recette car elle reste la propriété de l'entreprise. Souvent, il est disponible sous une licence d'utilisation assez restrictive. Par exemple, si vous achetez un ordinateur fourni avec Microsoft Windows, vous n'aurez le droit de l'utiliser uniquement sur cet ordinateur. Si vous décidez de mettre à jour un ancien ordinateur avec votre nouveau Windows, vous serez donc contraint d'acheter une nouvelle licence. Ces licences restrictives placent les utilisateurs dans un état de division. Ceux qui les violent en faisant des copies pour ses amis sont appelés "pirates".
Du fait que ces entreprises gardent leurs secrets de fabrication, les développeurs et les utilisateurs (nous) sont également divisés. Les développeurs ont le pouvoir de faire leurs logiciels comme ils le veulent, et les utilisateurs n'ont comme seul choix d'accepter ou de refuser ces logiciels. Non seulement vous n'aurez jamais le droit de les modifier, mais vous ne pourrez même pas étudier leur fonctionnement. Si un logiciel plante, vous êtes obligés d'attendre que l'entreprise ait corrigé le bug, en espérant qu'elle le fasse rapidement et qu'elle ne fera pas payer cette correction.

On peut donc simplement dire que ces entreprises ont tous les pouvoirs sur ses utilisateurs qui eux, sont impuissants.

Schéma logiciel propriétaire
source au format SVG

Je vous imagine déjà penser : "De toutes façons je ne sais pas programmer, je n'y connais rien", alors comparons avec une voiture.
Mr Simon désire une Parshe 915. Même s'il n'est pas du tout mécanicien, il aura envie d'ouvrir le capot et voir comme c'est à l'intérieur, c'est son droit. Il peut à l'avenir vérifier qu'il n'y a pas de fuite, que les niveaux sont correctes, changer une roue...
Si sa voiture était conçue comme un logiciel propriétaire, il ne pourrait pas ouvrir le capot, démonter ses pneus ou changer ses phares. S'il a besoin de réparer sa voiture, il serait obligé d'aller chez Parshe, car le mécanicien du coin ne peut évidemment pas l'étudier non plus.

Les logiciels libres

Un logiciel libre se définit par 4 libertés (rédigées par FSF) :

  • liberté 0 : la liberté d'exécuter le programme pour tous les usages.
  • liberté 1 : la liberté d'étudier le fonctionnement du programme, et de l'adapter à vos besoins. Pour ceci l'accès au code source est une condition requise.
  • liberté 2 : la liberté de redistribuer des copies, donc d'aider votre voisin.
  • liberté 3 : la liberté d'améliorer le programme et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté. Pour ceci l'accès au code source est une condition requise.

Plusieurs licences protègent ces 4 libertés dont la plus connue est la licence GPL.

Un logiciel libre n'est pas le fruit d'une unique entreprise (ou personne), il est crée par toute une communauté composée d'entreprises (Mandriva, Redhat, Canonical), d'associations (Free Software Foundation, April, Aful), et de particuliers. Tout le monde sans exception peut apporter sa contribution en rapportant des bugs, en suggérant des idées, ou en programmant pour ceux qui savent coder.
Contrairement aux logiciels propriétaires, lorsque nous copions un logiciel libre pour un ami, nous ne "piratons" pas, nous partageons.
Tous les acteurs du logiciel libre, qu'ils soient entreprises, développeurs, ou simples utilisateurs sont tous égaux et jouissent des mêmes droits.

Schéma Logiciel libre
source au format SVG

J'ai entendu parler de logiciels OpenSource. Sont-ils des logiciels libres ?

Un logiciel OpenSource est par définition un logiciel libre, mais certains éditeurs vantent leurs logiciels comme OpenSource dont les sources sont ouvertes mais non libre. Nous avons accès au code source mais la licence nous empêche de le modifier, de le redistribuer... donc cette licence ne garantit pas les quatres libertés fondamentales.

Conclusion

L'univers du logiciel propriétaire enseigne la propriété intellectuelle, la confiance aveugle et l'inégalité sociale.
L'univers du logiciel libre enseigne le partage de la connaissance, la diversité, l'égalité et la liberté.

Formats libres et propriétaires

Lorsque nous travaillons sur un document, nous utilisons un logiciel spécifique et nous enregistrons notre travail dans un format approprié. Par exemple, lorsque nous rédigons un texte mis en page, nous enregistrons notre document dans un format texte. Cela signifie qu'il ne peut être ouvert qu'avec un logiciel de traitement de texte.

Nous connaissons tous différents formats comme MP3, JPG, DOC, XLS...

Quelles sont les différences entre un format propriétaire et un format libre ?
Tout d'abord, je vous conseille de lire l'article sur les logiciels libres/propriétaires pour comprendre plus facilement la suite. Cet article est disponible ici.

Pour expliquer concrètement ces différences, nous comparerons essentiellement les suites bureautiques Microsoft Office et OpenOffice.org ainsi que leurs formats.

Les formats propriétaires

Comme les logiciels propriétaires, un format est propriétaire lorsque ses spécifications techniques appartiennent à l'entreprise qui les a créées. Au même titre qu'un logiciel "OpenSource", un format peut être ouvert et propriétaire.
Par exemple le format MP3 est ouvert, ce qui signifie que tout le monde peut écrire un logiciel utilisant ce format (lecteur de musique, encodeur de CD-Audio vers des fichiers MP3...), mais il est propriétaire et appartient aux sociétés Fraunhofer, Philips et Thomson. Elles peuvent décider à tout moment de fermer ce format et donc de rendre impossible son implémentation dans un logiciel. Ceci veut dire que nos fichiers MP3 peuvent très bien être rendus inutilisables. Les utilisateurs sont donc impuissants face à ce type de format.

Parlons maintenant des formats bureautiques qui sont pour la plupart bien plus importants car ils contiennent nos données personnelles. Les plus concernés par ce sujet sont surtout ceux qui enregistrent leurs documents au format Microsoft Office (DOC pour Word, XLS pour Excel, PPT pour Powerpoint...).
Le format de Microsoft Office est propriétaire et fermé. Cela signifie que les documents enregistrés dans ce format ne peuvent être lus que par Microsoft Office et qu'ils sont prisonniers de ce logiciel (et donc de Microsoft).
D'autre part, au fil des versions de Microsoft Office, Microsoft modifie ses formats. On peut enregistrer un document dans un ancien format ou dans le nouveau, mais si l'on souhaite utiliser un document enregistré dans le nouveau format sur un PC qui contient une ancienne version de Microsoft Office, il y a peu de chance que l'on puisse l'ouvrir. De plus les anciens formats ne sont que partiellement supportés par les dernières versions du logiciel. Il est donc tout à fait possible que l'on ne puisse pas récupérer intégralement nos propres documents.
Microsoft nous retient prisonniers en nous rendant complètement dépendants de sa suite bureautique, et décide du sort de nos propres documents. Si Microsoft disparaît, nos documents disparaissent aussi.
Les formats propriétaires ne garantissent pas la pérennité et l'interopérabilité des données.

Certains me diront que l'on peut utiliser ce format avec d'autres logiciels comme OpenOffice.org par exemple.
En effet, d'autres suites bureautiques peuvent le lire, mais il est intéressant de savoir comment. D'abord il est important de savoir qu'aucune autre suite que celle de Microsoft ne peut le lire complètement. Son implémentation dans OpenOffice.org est partielle. Comme je l'ai dit ci-dessus, Microsoft ne souhaite pas publier ses spécifications, et les développeurs d'OpenOffice.org ont dus s'en passer. Pour réussir à déchiffrer ce format, ils ont été contraints de pratiquer la rétro-ingénierie, ce qui consiste à les trouver aveuglément (travail très long).

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Les formats libres

Comme les logiciels libres, ce type de format n'est la propriété de personne. Un format est libre si ses spécifications sont ouvertes et modifiables par tous. Nous avons parlé du format MP3 comme document audio ouvert mais propriétaire, il existe par exemple le format Vorbis (OGG) qui est libre. N'étant la propriété de personne, il ne peut pas disparaître. Notre musique au format Vorbis pourra donc toujours être lue dans le temps.

Revenons à nos suites bureautiques. Nous parlions du format Microsoft Office et de son implémentation dans divers logiciels, maintenant nous allons parler du format ODF.
Pour commencer, ce format est une norme ISO (donc libre évidement). Ensuite, il est utilisé par quasiment toutes les suites bureautiques. La seule grosse suite ne l'utilisant pas est bien sûr Microsoft Office car Microsoft ne souhaite pas que ses fidèles clients connaissent un tel format. Si nous enregistrons nos documents dans ce format, ils ne pourront jamais disparaître car les spécifications sont ouvertes et libres. Même s'il évoluera voire disparaîtra dans 20 ans, nous pourrons toujours retrouver nos vieux documents.
Les formats libres garantissent la pérennité et l'interopérabilité des données.

Précisons tout de même que Microsoft va implémenter dans la prochaine version de sa suite le format ODF.

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Conclusion

Un document enregistré dans un format libre, quelqu'il soit, nous appartient.
Un document enregistré dans un format propriétaire appartient à celui qui a créé le format.

Controverses à propos de Microsoft

Nous avons vu que le format libre bureautique ODF est normalisé par l'ISO. Pour contrer cette norme, Microsoft a voulu créer son propre format OXML dans le but d'être normalisé. D'abord il est évident que c'est contre-productif d'avoir 2 normes pour un même objet. Ensuite ce format n'existe pas réellement car Microsoft n'a jamais publié de spécifications mais nous savons qu'elles font 6000 pages ce qui est énorme et donc dur à implémenter dans un quelconque logiciel. Nous savons aussi que ces spécifications sont basés sur le format Microsoft Office qui est breveté donc non libre. Le pire est que ce format fantôme a été normalisé par l'ISO sous la menace constante de Microsoft et contre le gré de la plupart des autres acteurs.
Voici quelques liens sur le sujet :

Une autre controverse intéressante :
Un document enregistré dans un format Microsoft Office ne contient pas uniquement votre document même, il contient également la liste des logiciels installés sur votre ordinateur, ainsi qu'une liste partielle des fichiers de votre disque dur. Bref, aucune confidentialité. Voyez par vous même avec cet article.

Microsoft Office et OpenOffice.org dans l'éducation nationale

Dans des articles précédents sur les logiciels et formats libres/propriétaires, j'avais expliqué les différences éthiques sur ces deux mondes. Le monde du propriétaire rend les utilisateurs de ces logiciels prisonniers et impuissants face aux entreprises qui les a créés, tandis que le monde du libre garantit les mêmes libertés d'utilisation de ses logiciels pour tout le monde.

Microsoft Office

Nous avions vu, dans l'article sur les formats cité ci-dessus, que les documents enregistrés au format Microsoft Office nous rendaient dépendants de ce logiciel et par conséquent que nos propres documents ne nous appartiennent pas vraiment mais plutôt à Microsoft qui elle seule possède la clé permettant de les déchiffrer. Nous avions vu aussi qu'à chaque nouvelle version de Microsoft Office, Microsoft modifiait ses formats rendant les anciens obsolètes. De plus Microsoft Office coûte cher. Quelles en sont les conséquences dans le milieu scolaire ?

  • Un élève qui souhaite terminer un document sur son propre ordinateur est obligé d'avoir la licence de Microsoft Office. Seuls ceux qui ont les moyens de l'acquérir pourront travailler. Les élèves sont donc placés dans une situation d'inégalité sociale. De plus, ceux qui peuvent acquérir ces licences ont intérêt à avoir au moins la même version du logiciel que celle de l'établissement scolaire sinon une plus récente.
  • Au fil du temps, les élèves seront obligés de continuer à utiliser ce même logiciel pour être sûrs de pouvoir toujours ouvrir leurs anciens documents.
  • Comme ils sont contraints d'utiliser uniquement ce logiciel, ils ne diversifient pas leur culture informatique et ne sont donc pas capable de le juger correctement. Ils baignent dans une mono-culture microsoftienne.

Certains me diront que pour éviter cette inégalité sociale, il suffit de télécharger illégalement et gratuitement le logiciel. Il est évident que celle solution est stupide, l'école n'est pas là pour enseigner la malhonnêteté même si c'est pour rendre service.
D'autres me diront que Microsoft offre généreusement son logiciel aux enseignants et aux étudiants. Ceci est tout à fait vrai mais pourquoi fait-elle cela ? Pour commencer, elle l'a toujours vendu moins cher pour le corps enseignant, ensuite la popularité d'OpenOffice.org et du libre en général étant en constante croissance, elle a donc décidé de l'offrir, tout simplement. Mais le problème de dépendance reste le même, et d'ailleurs une fois que les étudiants ont fini leurs études, ils devront acheter leur licence de Microsoft Office pour garder leurs propres documents.

OpenOffice.org

Nous avions vu également dans les articles cités ci-dessus que les logiciels et formats libres garantissent l'interopérabilité et la pérennité de nos documents. Quelles en sont les conséquences ?

  • Un élève qui souhaite terminer un document, enregistré dans un format libre, sur son propre ordinateur aura toujours la liberté de le terminer avec la suite bureautique de son choix (sauf Microsoft Office pour l'instant qui ne s'ouvre pas au monde libre). Il peut donc télécharger et installer par exemple OpenOffice.org gratuitement en toute légalité sans durée limitée d'utilisation. S'il ne possède pas de connexion internet, un camarade ou un professeur peut lui copier sur un CD ou une clé USB, ainsi tous les élèves sont égaux.
  • Enseigner aux élèves à copier un logiciel libre pour aider son camarade leur apprend le partage et non le piratage.

Pour conclure, l'informatique libre dans les écoles enseigne la liberté, la diversité, le partage, l'égalité pour tous, tandis que l'informatique propriétaire enseigne la dépendance, l'emprisonnement, l'inégalité et la mono-culture.

Je vous suggère le lire cet article qui aborde l'usage des logiciels libres dans le milieu scolaire de manière générale.